Lettre à Bella

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Crédit Photo : www.philippe-castelneau.com

Chère Bella,

J’ai mal. Pourquoi te demandes-tu ? Ai-je vraiment besoin de te répondre ? Tu sais trop bien que t’en es la source. Tu dois te demander pourquoi cette lettre, moi qui n’ai pas daigné venir te dire au revoir. La vérité est que j’en étais incapable. Incapable de te voir là pâle, gisant inerte, les yeux fermés, le corps froid.

Bella, te dire que j’ai souvent pensé à toi serait un euphémisme. Je dois t’avouer que très souvent, je me suis évadé dans un monde où je t’ai vu heureuse, souriante, ensorcelante. Mais à chaque fois que mes yeux s’ouvraient, la réalité, la cruauté, le manque de tact de cette vie me brisaient. Dans un élan de sincérité, je n’ai plus voulu me tromper plus longtemps. Tu n’étais plus. Je devais commencer par m’y faire.

Le soir de ta mise sous terre, j’ai composé ton numéro de téléphone. Qu’espérais-je ? Je ne sais pas. Peut-être te voulais-je toujours vivante. Oui j’avais mal, personne n’avait besoin de le savoir. J’ai toujours fonctionné ainsi, nul besoin de parler de mes peines.

Je faisais désormais face à cette vérité que j’ai longtemps voulu édulcorer. Je réalisai que jamais je ne donnerai vie à ces envies que tu suscitais en moi. Comme pour me consoler, je me suis mis à flirter avec la plus grande des dépressions. Je ne trouvais aucun charme à cette douleur, mais elle me rendait humain. Je la cachai derrière un masque de clown. Peu m’importait dès lors à quel point cette douleur me consumerait, personne ne la verrait. Je garderais mon sourire.

Il me fallait sortir de cet abysse dans laquelle je m’enfonçais. Tout était à refaire.

Aucune main ne s’est tendue à moi. Tout le monde me croyait bien. Je ne me savais pas si bon acteur. J’aurais pu y faire carrière. J’ai traversé cela seul entre questionnements stériles et blasphèmes. Je n’ai jamais été le genre de personne qui s’attache. J’ai toujours eu la rupture facile. Mais Bella, si j’avais pu, ce 07 juillet 2014 je ne t’aurais pas laissée partir. Il nous restait trop de choses à vivre. Sans me prévenir, la mort t’assaillit, sournoise, impitoyable.

Vivre ou te suivre ?

Le choix n’a pas été difficile. Il me fallait vivre. Je me devais de poursuivre seul ma quête, la quête de ma réalisation personnelle. Le temps continuait de tourner, le jour j’étais vivant mais seul dans la nuit, dans mes songes je mourrais avec toi.

Et vint le jour où je pouvais de nouveau désirer une autre. Comme pour me convaincre, je me suis dit que c’est ce que tu aurais voulu que je fasse. Là où tu es, tu n’auras plus jamais besoin de rien. Si tant est-il qu’il y ait une vie après la mort, nous nous reverrons. Cela je n’en doute pas. Il en faut peu pour se retrouver de l’autre côté.

Maintenant, je vais bien.

J’ai survécu à ta perte. Une nouvelle personne partage désormais ma vie. C’est plus que ce que nous avons connu toi et moi. Avec elle c’est plus qu’un flirt, c’est beaucoup plus sérieux. Je te la présenterai peut-être un jour quand viendra notre tour de passer de l’autre côté.

Jusqu’à ce que je te rejoigne …

Laurier A.

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12 Commentaires

  1. Comme dirait quelqu’un, il n’y a rien de pire que de réaliser que l’objet de ses désirs n’est plus (littéralement)… Mais pour toi, ce n’est pas qu’un deuil à ce que je vois… Pour toi, si j’ose dire, « la mort s’est muée en vie ». Une façon comme une autre de dire son passé, de le mettre en terre, pour qu’il refleurisse, celui-là.
    Bro you rock.

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    1. « Mettre son passé en terre pour qu’il refleurisse. » J’aime l’expression. Heureux de te voir ici l’ami.
      Cordialement.
      L. A.

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  2. Benno d'ALMEIDA · · Réponse

    Oui c’est bien dommage qu’une vie puisse s’arrêter ainsi, est ce une raison suffisante pour se complaire en jérémiades? La vie continue, oui elle continue ! La blessure profonde de la mort ne doit pas sublimer cette grande espérance : notre force de vivre. Oui les grandes douleurs sont muettes à tel point que tu as cru devoir taire ce secret durant des mois !

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  3. A reblogué ceci sur chroniquedefouinyveset a ajouté:

    Vraiment émouvant! !!

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  4. Speechless ! Vraiment touchant. Courage à toi et plus de bonheur désormais. Quoique douloureuse, cela aura quand même été une expérience de plus dans ta vie. Le meilleur reste à venir.

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    1. Merci Axel. Heureux de voir ici.
      Amitiés. 🙂

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  5. Je me demandais où tu étais passé jusqu’à ce que je ne tombe sur ce billet très profond et vraiment touchant.
    Je me rappelle une nuit avoir systématiquement pris mon portable et regarder longuement le numéro d’une amie dont je venais d’apprendre la mort; c’est comme si le fait d’avoir toujours son numéro dans mon téléphone était une preuve péremptoire de sa vie mais hélas!
    Tout le monde a déjà fait l’amère expérience de voir une personne aimée, faucher par la mort, cette cruelle mort. Mais comme tu l’as dit, il faut se relever et revivre après cette épreuve; comme toi, je pense aussi que c’est que les ‘disparus’ auraient voulu de notre part.
    Life goes on and live it at the fullest!

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    1. Oui ! Vivons pleinement. Merci Eli. Heureux de te voir ici. Au plaisir de te relire.
      Cordialement.

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  6. Oh Lau.!!! Trop touchant ton message!! J’en ai les larmes au yeux. J’aimerais avoir ta force et ton courage. Mais hélas j baisse toujours la tete devant l’adversité. Fiere de toi, heureuse de ton nouveau bohneur!!

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    1. Je reste fort et je tiens bon parce que je sais, ce n’est pas là que cela finit Sabine.
      Merci d’être passée ici.
      Amitiés.

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  7. Abdelino Leboss · · Réponse

    emouvant

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  8. […] à un événement qui nous a meurtri, nombreuses sont les personnes qui décident de se protéger en entrant dans une bulle confortable […]

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